Monsieur Jérôme Ducluzeau
Directeur général, grand pulic
F.H.P.- Vileda S.A.
Bâtiment A3
14, Rue du Fossé Blanc
92230 GENNEVILLIERS
France
Objet : question sur l’avenir à long terme de l’un de vos produits.
Le lundi 12 janvier 2009
Monsieur Ducluzeau,
Je me permets de vous transmettre la présente afin de semer une pensée enthousiaste à l’égard de l’un de vos produits.
Il s’agit d’une brosse à récurer la vaisselle.
L’objet est commercialisé au Canada, sous un nom que j’ignore mais que vous saurez certainement identifier en cliquant ici : http://www.vileda.ca/picViewer.asp?pic=/images/produits/accessoires/mega/1_2.jpg.
J’ai cru comprendre que cette brosse fait partie de la familles des « PowerFibres », nom qui lui va d’ailleurs comme un gant.
J’aimerais souligner qu’une brosse à laver la vaisselle est un outil utilisé au moins une fois par jour, contrairement à, par exemple, un seau à nettoyer le plancher.
Normalement, l’usure de la brosse devrait s’affirmer plus prématurément que celle du seau. C’est du moins ce que j’ai pu expérimenter en utilisant les dizaines, voire les centaines de brosses que j’ai pu tenir entre mes doigts depuis déjà quelques décennies.
Cette brosse, la Vileda, la vôtre, c’est autre chose.
On parle ici d’un objet qui se rapproche à mon avis de ce que devrait être la finalité d’un outil. L’ultime. Comme si on arrivait au bout de l’Univers, en l’occurrence celui de la brosse.
Parlons look : à mon avis parfait. Design épuré, lignes sobres, apparence générale teintée d’un certain ludisme, sans pour autant y sombrer. On pourrait facilement dessiner deux yeux et un sourire sur la surface ronde et blanche adossée aux poils jaillissant de sa partie inférieure (la tête de la brosse). Mais fort à propos, vous évitez toute forme de starckisme et, à mon modeste avis, c’est tant mieux.
Parlons matière : je ne suis malheureusement pas ingénieur. J’ai donc peine à décrire les trois substances dominantes de l’outil ménager. Je rappellerai seulement que la partie blanche est composée de ce qui semble être un plastique, plastique à la fois solide mais souple, probablement incassable, à mois d’utiliser une scie (mécanique ou non). On pourrait tenter de la scier avec un couteau à pain, un vendredi soir que l’on qualifierait sans doute le lendemain de « bien arrosé ». Mais à quoi bon? Rassurez-vous, jamais je ne commettrai pareil geste ou test sur votre brosse, souhaitant le plus longtemps possible en apprécier les qualités, qui depuis des lunes, sinon des lustres, enjolivent une tâche aussi quotidienne que nécessaire.
Parlons ergonomie : voilà la grande richesse de votre brosse. Non seulement me semble-t-elle incassable, elle me semble à part égale inclassable. Partie supérieure : l’enduit caoutchouté l’est juste assez. Le mot « Vileda », embossé dans le caoutchouc favorise une meilleure grippe tout en rencontrant les objectifs promotionnels de votre équipe Marketing. Un peu plus bas, l’anneau de caoutchouc rouge reçoit le pouce et l’index, comme si ces deux doigts avaient été créés pour s’y apposer, je dirais musicalement. Comme si, en fait, Dieu avait d’abord créé cette brosse, puis s’était posé la question : « OK, mais maintenant, que vais-je inventer pour trouver une utilité à ce truc? ».
Ève.
Vous direz que j’exagère, pourtant perçois-je aussi un parallèle avec cette pensée et le long métrage de Stanley Kubrick, 2001, l’Odyssée de l’espace. Peut-être votre département de Marketing pourrait d’ailleurs y voir ici une base propice à la promotion de votre brosse – dans l’éventualité où vous avez besoin de promotion car j’imagine que le bouche à oreille fait déjà des merveilles –. Voici mon idée spontanée d’annonce télé : un singe lance un fémur dans les airs. L’os monte vers le ciel au ralenti, atteint la voie lactée, puis en retombant, toujours au ralenti, il se transforme en brosse, rattrapée au bout de sa descente par un gant à vaisselle jaune, gant au bout duquel un bras de femme dans la jeune trentaine aux formes ambitieuses, femme dont le sourire éclatant laisse échapper des vibrations qui sont en fait des mots destinés à promouvoir l’objet. Puis pour la valeur symbolique d’Ève, un panier de pommes, que je vois en arrière plan.
Mais je digresse, me direz-vous peut-être, donc revenons à l’ergonomie. La partie centrale est fascinante. La courbe fait penser à ces nouveaux rasoirs ou à ces pelles à neige qui se cabrent vers le bas, pour ensuite exercer une remontée, question de mieux faciliter l’approche. Quelque chose de féminin, donc de rassurant pour la femme (une amie) et d’attirant pour l’homme (une potentielle conquête). Et trois fois bravo pour la petite houppette de plastique blanche qui remonte au bout de la tête et qui sert de grattoir encourageant le délestage d’aliments collés. Mes plats à lasagnes sont toujours impeccables.
Les poils : débutons pas l’élément ludico-design. La houppette-grattoir du paragraphe d’en haut accueille son vis-à-vis, une autre houppette, celle-ci s’apparentant davantage à la définition d’une véritable houppette, comme celle qui continue de par le monde à captiver les lecteurs d’une série de bandes dessinées destinées aux 7 à 77 ans. Oui monsieur Ducluzeau, votre brosse a ce je-ne-sais-quoi de Tintin.
Mais rassurez-vous, les bonzes de la Fondation Tintin devraient ne rien trouver à redire, quoiqu’avec eux, on ne sait jamais : leurs gestionnaires semblent avoir la dent longue et bien évidemment, considérant la nature capillaire du jeune héros en vedette depuis deux paragraphes, la mèche courte.
Toutefois fort loin de moi l’idée de m’improviser tintinologue. Seulement, je dirai de ces deux houppettes de la brosse Vileda qu’elles sont parfaitement à leur place. Étrange phénomène, mini-bémol, le seul élément de toute la brosse qui tend à s’user est la houppette constituée de poils bleus. Elle pourrait évoquer un Tintin éméché, à la suite d’une soirée arrosée. Un peu comme si notre reporter-héros se réveillerait un samedi matin, le regard confus, réalisant peu à peu s’être endormi tout habillé sur le canapé du Capitaine Haddock.
Fascinant d’ailleurs de constater que cette usure, légère tout de même, ne soit que l’apanage de la houppette bleue, alors que les poils blancs qui forment la grande partie de la tête (ou des cheveux) de la brosse, donc les plus sollicités, semblent fraîchement sortis de l’usine. Pourtant, sauf erreur, bleus ou blancs, les poils sont probablement nés du même moule…? Pour en avoir discuté avec des proches, notamment mon patron, mon père et sa conjointe, ceux-ci – sans même se consulter entre eux – m’ont suggéré de prendre une paire de ciseaux et de tailler ladite houppette de quelques centimètres, question de redonner à votre brosse l’allure de sa prime jeunesse. J’aurai sans doute à prendre des décisions à ce sujet.
Mais d’ici là, une question continuera à me chicoter : la portion intérieure du manche présente une entaille qui traverse de part en part, à la verticale, ledit manche. Permettez-moi de vous en quémander la raison, non sans d’abord formuler quatre hypothèses :
Théorie 1 : La fonction de cette entaille s’apparente à celle d’une gouttière. À la suite de l’utilisation de l’outil nettoyant, l’eau qui pourrait se retrouver sur le manche s’égoutte ainsi naturellement vers la tête de la brosse, puis tombe je ne sais où pour éventuellement refaire sa vie ailleurs.
Théorie 2 : Cette césure permet tout simplement d’alléger le poids total de la brosse.
Théorie 3 : En fait, la gouttière a pour fonction de favoriser la malléabilité du manche.
Théorie 4 : C’est un simple souci de design, à l’instar des parties rouges et bleu de la brosse.
À cet effet, j’ai cru comprendre que Vileda était une société française, ce qui fait d’ailleurs bien plaisir étant donné que nous partageons une langue commune. D’ailleurs, je me permets une autre question à ce sujet : est-ce un hasard si cette brosse est constituée des mêmes couleurs que celles du drapeau de la France, c’est-à-dire le bleu, le blanc et le rouge? Si c’est un hasard, sans doute admettrons-nous qu’il fait sourire, d’autant plus que positionnée à l’horizontale devant nos yeux, la tête pointée vers la gauche (le cœur), non seulement les couleurs sont elles celles du drapeau français, elles respectent l’ordre avec lesquelles elles apparaissent lorsque ce dernier flotte fier au vent. Mais peut-être suis-je dans le flou, certains me disent que Vileda appartiendrait à l’Allemande Freudenberg.
Monsieur Ducluzeau, j’arrive à l’objet principal de ma lettre.
Je l’affirme honnêtement, malgré ma crainte de voir cette réalité périr en la nommant, puisque cette réalité va à l’encontre de vos objectifs commerciaux, mais allons-y tout de même : votre brosse semble éternelle. D’un humain, on dirait qu’il est probablement immortel.
Ne croyez pas que je considère le tout comme une tare. Que non. Même bien au contraire. Et c’est pourquoi je vous dis merci. Car à l’opposé d’autres objets usuels qui peuvent un jour se retrouver au fond d’une poubelle (d’une ampoule jusqu’à certains modèles de Ferrari – et je vous fais grâce ici de basses plaisanteries au sujet d’ex-fiancées), j’entrevois déjà le jour où je léguerai la brosse que je possède à ma fille lorsque cette dernière emménagera dans son premier appartement, je l’espère bientôt.
Bien qu’à 15 ans elle n’ait jamais eu l’occasion de l’utiliser une seule fois, probablement ne l’a-t-elle d’ailleurs jamais remarquée – ce n’est pas à défaut d’essayer ni parce que je tiens à être l’unique utilisateur dudit objet croyez-moi –, je pense qu’elle saura un jour apprécier les bienfaits de votre brosse. Et ce, même si contrairement à moi, ma fille n’aura alors aucune autre brosse pouvant lui servir de levier de comparaison, sauf peut-être sa brosse à cheveux, quoiqu’il s’agisse ici de cousines trop éloignées pour envisager quelconque niveau de comparaison recevable.
Voici ma crainte, l’objet de ma lettre. Monsieur Ducluzeau, vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe une expression anglophone voulant que « Why should we fix what it ain’t broke? » ou, si vous préférez, « Pourquoi devrions-nous réparer ce qui n’est pas brisé? ». Les tendances marketing veulent cependant que les entreprises proposent toujours de nouveaux produits, produits qui se veulent sans cesse améliorés, toujours mieux. Question de stimuler sans cesse le consommateur, de le vivifier à grands coups de couleurs, de formes et de nouvelles possibilités.
Mais dans le cas qui me préoccupe, le seul élément que vous devriez changer à mon avis est : RIEN.
Sauf peut-être l’espace intérieur de l’anneau posté dans la partie supérieure du manche de la brosse. Cet espace est trop petit pour s’accrocher adroitement à la majorité des crochets de plastiques, vous savez ces crochets autocollants qui servent autant à suspendre des porte-clés que des brosses à vaisselle? Oui, j’entends déjà vos ingénieurs rétorquer à l’unisson que l’élargissement de l’espace viendrait corrompre l’ergonomie, donc la manipulation de la brosse – actuellement exemplaire, du moins pour ma main droite, que j’ai plutôt petite et qui doit donc s’apparenter aux mains droites des ménagères moyennes.
Je serais d’ailleurs curieux de savoir si la charpente de vos brosses est universelle ou bien si vos produits sont adaptés aux physiques médians des ménagères, selon le continent ou le pays qu’elles habitent? Ce serait formidable car il arrive que ma brosse peine à pénétrer à l’intérieur de l’embouchure de mes verres à vin blanc, qui soit dit en passant sont de dimension très standard. Je compte ainsi à mon actif quelques verres éclatés après avoir tenté trop vigoureusement d’y insérer la tête de la brosse. Rassurez-vous, même ces désagréments n’altèrent en rien ma perception fort favorable à l’égard de votre produit, dussé-je risquer de me couper en recueillant manuellement les fragments de verre brisé au fond du bac à vaisselle.
Mais si par un heureux hasard vous fabriquez des brosses plus petites, adaptées au pays (je prends au hasard l’exemple du Portugal, j’habite un quartier portugais et je remarque qu’ils sont en moyenne légèrement plus courts sur patte que les descendants de Larochelle et de Bretagne. Donc me dis-je, peut-être vendez-vous des brosses plus petites à Lisbonne qu’à Montréal? Le cas échéant, je vous serais éternellement reconnaissant de me le laisser savoir, je pourrais alors trouver un moyen d’en commander une douzaine, ce qui me permettrait de cesser de craindre de briser mes verres à vin.
En conclusion, voici la question pour laquelle j’aimerais obtenir réponse : à votre avis, devrais-je dès aujourd’hui faire provision de ces brosses (version montréalaise ou portugaise peu m’importe) pour les décennies à venir ou pouvez-vous me rassurer en me confirmant aujourd’hui l’intention de votre société de maintenir ses standards de perfection, notamment en préservant tel quel la brosse qui fait ici l’objet de la présente et sans doute le bonheur de plusieurs milliers d’utilisatrices et d’utilisateurs?
Je vous remercie sincèrement d’avoir pris le temps de considérer cette modeste demande, vous priant d’accepter, Monsieur Ducluzeau, mes plus admiratives salutations, à vous et à votre équipe, souhaitant que 2009 vous soit favorable.
Sincèrement,
Jean-François Dumoutier
Montréal
JeanFrancoisDumoutier@gmail.com
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Au sujet de Vileda
Wikipedia : rien!
YouTube : http://fr.youtube.com/watch?v=TBHEap003K4
Google : www.vileda.ca
Site : www.vileda.com
Autre
Philippe Starck : www.philippe-starck.com
Ferrari : www.ferrari.com
Tintin : www.tintin.com
Drapeau Français :
2001 : l’odyssée de l’esapce :
http://fr.youtube.com/watch?v=vahx4rAd0N0&feature=related
(le fémur apparaît à la 28e seconde)
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