lundi 26 janvier 2009

BARACK OBAMA & BLACKBERRY – FIDEL CASTRO & ADIDAS

Barack Obama & BlackBerry - Fidel Castro & Adidas

Tout le monde parle de Barack Obama et de son fameux BlackBerry (on remarque ici qu’on dit Black Berry, comme Chuck Berry, et bon, faites vous-même vos théories conspirationnistes en remplissant les espaces (blancs) de votre cervelet (vide)), toujours est-il qu’on pérore sans indécence ces temps-ci sur Barack Obama et son fameux BarackBerry, toujours est-il que cet amour proclamé par le Président de la Terre, de l’Ancien et du Nouvel Ordre Mondial, Roi du Monde, Moise-Messie-Jésus, sa mère, son père, l’arbre généalogique jusqu’à la pomme au bout, celle croquée par Ève, sa sœur, sa fille, sa grandma, sa Austin-Martin, tout, on dit donc un peu partout mais particulièrement où c’est inutile donc où c’est massivement lu, remâché, repris, relayé, accéléré, fagoté, peigné, astiqué, rangé, perlé, marié, on dit donc un peu partout que l’amour proclamé haut et fort par Barblack BerryMa équivaudrait au bas mot (les grands remèdes), à une campagne publicitaire de 100 millions de dollars américains.

Or, or, or.

Premièrement, on dit beaucoup de choses et rarement dans le bon ordre.

Deuzio, la compagnie mère du B.B., la Research In Motion (RIM pour les intimes : genre de secte canadienne inventrice de la roue et du téléphone à quatre trous) ne dit rien. RIM surfe sur la vague. Très vague d’ailleurs.

Je ne commenterai pas cette publicité gratuite tant elle est à la fois symptomatique de la combinaison binaire de l’information en 2009 (attendez de voir vers 2020), combinaison toute relative alors que finalement, l’info n’est plus info. L’info sur la pub devient en fait une pub sur l’info. PubInfo, Infopub, Infopu.. et bon, faites vos jeux de mots à vau l’eau.

Ceci dit, il est à noter que Washington (George lui-même), aurait finalement permis au président de lui laisser utiliser son téléphone. Incroyable tout de même. Signe que nous sommes bel et bien en 2010, à l’ère du Web Deux Moins Zéro.

QUELQU’UN, QUELQUE PART, IDÉALEMENT PAS TROP LOIN, PEUT-IL VRAIMENT CONSIDÉRER COMME UNE VICTOIRE LE FAIT QUE LE PRÉSIDENT DE L’UNIVERS AIT LE DROIT D’UTILISER SON TÉLÉPHONE? PEUT-ON SE LE DIRE UNE FOIS POUR TOUTES : SI BAROCK N’EST PAS CAPABLE DE DÉCIDER S’IL A LE DROIT OU NON D’UTILISER SON TÉLÉPHONE, ÇA AUGURE PEUT-ÊTRE MOINS BIEN QU’ON PENSE POUR LA SUITE DES CHOSES? PEUT-ÊTRE?

Donc, bravo 1000 fois, Washington a finalement consenti à ce que Barack Skywalker puisse continuer de faire gagagougou avec son hochet électronique. En fait, ils ont mis un Bémol. Parce que faut se le dire, ils étaient peut-être pas si heureux que ça que ce soit une société canadienne qui ait inventé ledit hochet.

Donc, la rumeur veut que ce soit plutôt une Sectera Edge (non, ce n’est pas un produit nettoyant) qui soit finalement consenti à Mr. Universe. Voyez ici le Sectera Edge, un appareil ultrapuissant dont les ventes seront sûrement en hausse du côté des présidents de pays et des chefs mafieux. Car si le téléphone est laid, il garantit la sécurité totale.

cliquez ici, vous allez voir, le site est aussi sexy que le téléphone mais bon, c’est comme le sirop qui goutte mauvais : il ne peut être qu'efficace.



Non seulement le Sectera Edge semble sécuritaire côté ondes, il semble pouvoir résister à des tanks, bombes atomiques et toutes les armes bactériologiques sur Terre, et même ailleurs.

Mais vous allez rigoler ici. Mon point n’était pas au sujet de Spiderman et de son joujou portable.

Mon point était au sujet de Fidel Castro et de ses publicités pour Adidas.

Tout le monde parle d’Obama et de son BBerry, rares sont ceux qui font le parallèle avec Castro et de ses publicités pour l’Allemande Adidas.

« Fidel Castro est-il commandité par Adidas? », se questionnent plusieurs avant de trouver le sommeil dans les bras de Mort Shuman, alors que d’autres n’en pensant pas moins vont jusqu’à transformer l’interrogation en affirmation.

La réalité est beaucoup plus complexe.

L’Allemande Adidas (ADI DASSLER – On le surnommait Adi au lieu de son vrai prénom, Adolf, car pour le fondateur d’Adidas voyez-vous, se prénommer Adolf, notamment en Allemagne et particulièrement à la fin des années 40, n'était pas tant à propos, ni populaire et pas seulement pour des raisons de mode et de nouvelles tendances, puisque à contrario de Juliette ou de Simone, le prénom Adolf ne semble pas vouloir refaire surface au Top 10 des prénoms les plus populaires de l’année et ce, peu importe le pays. Même du Top 20, nos sources ont vérifié.

Bref, à nos mouton revenons : on peut douter que Fidel soit commandité par Adidas.

On peut cependant croire que Adidas ne fait rien pour empêcher Fidel de porter ses produits. Ce qui est curieux dans le phénomène, c’est que plus Fidel caresse la mort dans le sens du destin, plus il semble porter des kits Adidas toujours plus voyants, flash, à la limite du phosphorescent. J’attends toujours qu’il se lève pour une séance de Tecktonik mais non, il résiste, comme toujours, en bon papy.

Sur les plus récentes photos (comme celle-ci avec un BlackBerry cubain), un œil mal aiguisé pourrait en fait croire qu’une veste Adidas est suspendue à un cintre et qu’un mauvais plaisantin aurait accroché une fausse barbe à la place du crochet du cintre.

Car bon, eau-de-roche-clairement, Fidel ne rajeunit pas. Je m’étonne que personne semble relever qu’il ressemble de plus en plus à Saddam Hussein lorsqu’on l’avait épouillé un fois sorti de son trou où il se terrait avec « Deux mitraillettes et 750 000$ », titre d’un film de Leone, scénario tellement débile qu’il ne peut qu’être vraiment faux, faussement vrai mais probablement vraiment vrai, selon le bout de la lorgnette que vous souhaitez vous l’enfoncer dans l’œil.

Que Fidel choisisse Adidas ne peut pas nous offusquer vraiment. C’est sport, coloré, résistant, ça fait jeune et branché, un brin mafieux russe en voie de devenir le roi du pétrole, bref, un ensemble de valeurs facilement liées à celles de Fidel.

Encore vivant, le Che Guevara porterait du Puma, Mao du Nike et Staline du Reebok. J’imagine facilement la conférence des Sages Communistes, palabrant sur l’avenir d’un passé révolutionné depuis déjà tellement longtemps que ça aura bientôt le temps de revenir à la mode mais c’est autre chose. Photo officielle, Sportswear illimited, sourires caverneux, souvenirs détrempés, jaunis, mal cadrés.

Ici, en janvier 2009, Fidel se joue de nous. C’est un peu comme si Oussama Ben Laden revêtait du New Balance, les yeux exorbités, tout le truc, on voit l’image facile.

Mais si on voit plusieurs choses, n’y voyons seulement qu’un lent signe de rapprochement, la fin de la faim, d’une certaine faim du moins.

Rêvons. Rêvons qu’avant son trépas, Obama et Fidel, un premier Havane au bec pour l’un, un dernier pour l’autre, amalgamant leurs volutes dorées montant vers un ciel étoilé, rêvons oui. Rêvons que Fidel & Barack puissent faire la trêve, non pas la trêve mais la paix, voir l’embargo se lever comme le soleil à l’Est, voir Guantanamo fermer comme le soleil à l’Ouest, remplacé par quelque resort bien tassé d’où flotteront les drapeaux de deux solitudes enfin réunies.

Un petit casino. Juste un quoi, pour faire plaisir.

Rêvons que Barack offre son Sectera Edge à Fidel en échange d’un survêtement Adidas. Rêvons qu’une poignée de main scelle tout ça avant que Raoul ne se décide à vouloir vivre en électron libre et puis quoi non mais Fidel & Adidas, c’est quoi cette histoire.

Ça me semble tout à fait dans l’erre du temps, voilà tout. On soupçonne une commandite d’Adidas? Je soupçonne plutôt que Fidel a pigé ses fringues dans un ballot de vêtements envoyés from Miami à la parentée démunie.

Voilà le vrai truc.

Santé Fidel, et un Sectera Edge (non, ce n’est pas un groupe heavy metal), jusqu’à la fin de tes nuits.

dimanche 18 janvier 2009

Le Persil, ce mal-aimé (avec raisons)

Le Persil.

Dans un passé récent, les seuls épices, herbes ou assaisonnements que l’on retrouvait sur les tablées québécoises se constituait du trio sel-poivre, et persil.

On connaît le sel, un peu moins le poivre (le pôvre), à mon avis on méconnaît trop le persil, mais en même temps, à juste titre. En fait, "méconnaître" suppose qu’on le connaît un brin, ce qui constitue une hérésie parce que le persil voyez-vous, on devrait totalement l’ignorer. Le bannir, le proscrire, l’éradiquer de la surface terrestre, poster vers Mars ses lettres de noblesse. Le hacher menu et le lancer au fond d'un volcan.

Comme vous, je déteste le persil. "Ah mais non, moi j'aime le persil", me répondez-vous. Réflexe. Vous pensez aimer le persil parce que conditionné comme tel. Maintenant fermez les yeux, imaginez que vous enfournez une branche de persil sur votre langue et que vous commencer à brouter. C'est bon? Vraiment?

Sans parler du parcours inutile de cette branche de persil:

Un brave fermier se lève un de ces matins comme il en a pourtant vu 10 000 mais allez savoir pourquoi, le voici énergisé d'une scintillante illumination :

- Suzette, sers-moi une tasse de café, prépare tes crêpes, va détacher les enfants et ramène-moi tout ça prêt dans la cuisine pour dans 10 minutes, j’ai de c’te grande nouvelle du bon Dieu à vous annoncer à vous toutes (il est l’heureux père de 14 filles, dont la plus vieille a 13 ans).

Bon alors ça déjeune, ça dessert (la table), et au bout de la grande tablée familiale, le fermier déplie ses genoux, remonte ses bretelles, les fait claquer, puis et pointant sa bedaine vers l'assemblée meugle :

- Asteure que maintenant qu’à cause que vous savez que ça va pas toujours comme y faudrait qu’on craye qu’on a beau espérer ça arrive pas tout le temps même si on fait nos prières pis qu’on récite le chapelet, qu’on va à messe pis qu’on laisse les chèvres tranquilles depuis un bon boutte, ben en tékà j’veux juste vous dire que c’est fini le blé d’Inde pis les fraises pis toutes ces affaires là qui nous échinent l’échine, v’la qu’à partir de pas plus tard que tu suite, on va semer vous savez pas quoi pis quand ben même vous le sauriez vous le diriez pas parce que vous allez en manger toute une faque tout le monde déhors on s’en va remplir le champ de persil.

Le fermier dans son pick-up, sa femme et ses 14 filles dans la boîte du pick-up, tout le monde en route vers Sainte-Bernédine pour aller acheter de la semence à persil.

OK, ici j’arrête mais vous pouvez facilement imaginer le reste de l’histoire, du dialogue tout ça, la tronche du quincailler, les 14 filles qui se font regarder par les gars du village, du monde avec des dents pourries, on comprend le concept.

Prenons plutôt conscience de la suite des efforts engendrés pour qu’un jour, alors que vous êtes avec votre blonde par trop belle dans un restaurant kétaine des Laurentides, quelques branches de persil se retrouvent au-dessus du morceau de viande trop cuite qu'on vous apporte. Pensez que la branche de persil, vous allez la tasser avec autant de dégoût que vous tassez du regard un mendiant, vous aller la mettre dans un coin de votre assiette (carrée?) comme si c'était de la vraie merdi. Puis le serveur rapportera l'assiette contenant la branche de persil, branche qui va subito se retrouver : A) à la poubelle ou B) dans 5 minutes dans l'assiette du votre voisin qui a commandé le même plat que vous.

Notre fermier de tantôt pense persil. Pendant qu’il pense persil, il ne pense pas autre chose. Il communique son désir de voir son champ devenir champ de persil. Qui communique se rapproche de la réalité. Communiquer c’est planter son drapeau sur un sommet à construire. Communiquer, c’est donner un coup de pied au c… à notre désir de réalisation. Le fermier part vers le village. Il dépense de l’essence, dépense de l’argent, dépense la moitié de sa journée, dépense, dépense, il procède à une série de mouvements, de paroles, d’actions, de gestes, l’impose à tous les membres de sa famille, arrive chez le vendeur de semences, l’oblige à d’autres gestes, repart vers sa ferme, laboure, sue, s’épuise, se projette, sème d’amour, attend, sue, veille, stresse, scrute le champ, ne s’intéresse plus à sa femme, ni à ses filles, ni à ses chèvre, il attend, patiemment, entre-temps il doit trouver le moyen d’écouler un stock de persil même pas né, négocie, téléphone, rencontre, négocie, plus haut, plus bas, stresse, le persil pousse, l’acheteur est trouvé, c’est pas le prix voulu mais c’est pas mal pour la première année.

Le temps des récoltes, puis le temps de charger le persil dans les camions. Le camionneur qui va chercher le persil chez le fermier n’avait pas envie de se lever ce matin. Mais il le devait parce qu’il a cette livraison de persil à aller chercher et que bon, il doit faire vivre sa famille alors bon, à plus tard et salut les enfants. Le camionneur qui combat le sommeil à grandes rasades de café, arrive chez le fermier, salutations d’usage, puis on remplit le camion de persil, on se dit à bientôt bonne route, le camion repart. Le persil du fermier parcourt l'Amérique, disposé dans différents entrepôts réfrigérés. Des milliers de kilomètres, de litres d’essence, des millions de gestes et de pensées humaines motivées en tout ou en partie pour que le persil du fermier atteigne son but ultime : la main d’un consommateur qui l’enfermera dans un sac plastique transparent, le confiera à la caissière qui le pèsera, et voilà que ce bout de persil a maintenant un prix bien à lui, la voilà qu’il vit comme il n’a jamais vécu, alors que, grand paradoxe, il s’apprête à mourir sous peu.

Dans un supermarché, le persil ne sert qu’à disposer de la verdure entre une rangée de tomates et une cucurbitacée anonyme. Évidemment, vous n’achetez jamais de persil, à moins que vous soyez :

1) Bête
2) Arriéré
3) Inutile à la société
4) Chef ou propriétaire d’un restaurant qu’il faut à tout prix éviter, car pour lui, disposer une branche de persil sur les carottes représente le summum de l’art culinaire.

Une fois établi que vous détestez le persil, à la différence que vous ne vous l’avouez pas encore parce que vous êtes un être incomplet, je vous invite à vous poster, rayon des légumes, durant quelques jours, sans quitter votre poste de garde, ne serait-ce que le temps d’une giclée d’urine dans un sceau d’émail blanc ou pour griller une clope sur le trottoir au moment même ou votre fiancée, postée à l’autre coin de rue se dresse sur la pointe des pieds pour embrasser votre meilleur ami. Vous finirez peut-être par avoir la chance d’apercevoir ce quidam de type gus anonyme, tendre la main et déplier ses phalanges pour agripper une botte de persil enserrée dans un élastique du même type d'élastique que ceux qui enserrent les pinces à homard (où est ta victoire). Et vous constaterez tout le chemin parcouru du persil, cet aliment fade, amer, infect, désagréable, aliment dont la gloire passée ternit l’Histoire humaine.

Persil beaucoup.

lundi 12 janvier 2009

Lettre à Vileda

Monsieur Jérôme Ducluzeau

Directeur général, grand pulic

F.H.P.- Vileda S.A.

Bâtiment A3
14, Rue du Fossé Blanc
92230 GENNEVILLIERS
France

Objet : question sur l’avenir à long terme de l’un de vos produits.

Le lundi 12 janvier 2009


Monsieur Ducluzeau,


Je me permets de vous transmettre la présente afin de semer une pensée enthousiaste à l’égard de l’un de vos produits.


Il s’agit d’une brosse à récurer la vaisselle.


L’objet est commercialisé au Canada, sous un nom que j’ignore mais que vous saurez certainement identifier en cliquant ici : http://www.vileda.ca/picViewer.asp?pic=/images/produits/accessoires/mega/1_2.jpg.


J’ai cru comprendre que cette brosse fait partie de la familles des « PowerFibres », nom qui lui va d’ailleurs comme un gant.


J’aimerais souligner qu’une brosse à laver la vaisselle est un outil utilisé au moins une fois par jour, contrairement à, par exemple, un seau à nettoyer le plancher.


Normalement, l’usure de la brosse devrait s’affirmer plus prématurément que celle du seau. C’est du moins ce que j’ai pu expérimenter en utilisant les dizaines, voire les centaines de brosses que j’ai pu tenir entre mes doigts depuis déjà quelques décennies.


Cette brosse, la Vileda, la vôtre, c’est autre chose.


On parle ici d’un objet qui se rapproche à mon avis de ce que devrait être la finalité d’un outil. L’ultime. Comme si on arrivait au bout de l’Univers, en l’occurrence celui de la brosse.


Parlons look : à mon avis parfait. Design épuré, lignes sobres, apparence générale teintée d’un certain ludisme, sans pour autant y sombrer. On pourrait facilement dessiner deux yeux et un sourire sur la surface ronde et blanche adossée aux poils jaillissant de sa partie inférieure (la tête de la brosse). Mais fort à propos, vous évitez toute forme de starckisme et, à mon modeste avis, c’est tant mieux.


Parlons matière : je ne suis malheureusement pas ingénieur. J’ai donc peine à décrire les trois substances dominantes de l’outil ménager. Je rappellerai seulement que la partie blanche est composée de ce qui semble être un plastique, plastique à la fois solide mais souple, probablement incassable, à mois d’utiliser une scie (mécanique ou non). On pourrait tenter de la scier avec un couteau à pain, un vendredi soir que l’on qualifierait sans doute le lendemain de « bien arrosé ». Mais à quoi bon? Rassurez-vous, jamais je ne commettrai pareil geste ou test sur votre brosse, souhaitant le plus longtemps possible en apprécier les qualités, qui depuis des lunes, sinon des lustres, enjolivent une tâche aussi quotidienne que nécessaire.


Parlons ergonomie : voilà la grande richesse de votre brosse. Non seulement me semble-t-elle incassable, elle me semble à part égale inclassable. Partie supérieure : l’enduit caoutchouté l’est juste assez. Le mot « Vileda », embossé dans le caoutchouc favorise une meilleure grippe tout en rencontrant les objectifs promotionnels de votre équipe Marketing. Un peu plus bas, l’anneau de caoutchouc rouge reçoit le pouce et l’index, comme si ces deux doigts avaient été créés pour s’y apposer, je dirais musicalement. Comme si, en fait, Dieu avait d’abord créé cette brosse, puis s’était posé la question : « OK, mais maintenant, que vais-je inventer pour trouver une utilité à ce truc? ».


Ève.


Vous direz que j’exagère, pourtant perçois-je aussi un parallèle avec cette pensée et le long métrage de Stanley Kubrick, 2001, l’Odyssée de l’espace. Peut-être votre département de Marketing pourrait d’ailleurs y voir ici une base propice à la promotion de votre brosse – dans l’éventualité où vous avez besoin de promotion car j’imagine que le bouche à oreille fait déjà des merveilles –. Voici mon idée spontanée d’annonce télé : un singe lance un fémur dans les airs. L’os monte vers le ciel au ralenti, atteint la voie lactée, puis en retombant, toujours au ralenti, il se transforme en brosse, rattrapée au bout de sa descente par un gant à vaisselle jaune, gant au bout duquel un bras de femme dans la jeune trentaine aux formes ambitieuses, femme dont le sourire éclatant laisse échapper des vibrations qui sont en fait des mots destinés à promouvoir l’objet. Puis pour la valeur symbolique d’Ève, un panier de pommes, que je vois en arrière plan.


Mais je digresse, me direz-vous peut-être, donc revenons à l’ergonomie. La partie centrale est fascinante. La courbe fait penser à ces nouveaux rasoirs ou à ces pelles à neige qui se cabrent vers le bas, pour ensuite exercer une remontée, question de mieux faciliter l’approche. Quelque chose de féminin, donc de rassurant pour la femme (une amie) et d’attirant pour l’homme (une potentielle conquête). Et trois fois bravo pour la petite houppette de plastique blanche qui remonte au bout de la tête et qui sert de grattoir encourageant le délestage d’aliments collés. Mes plats à lasagnes sont toujours impeccables.


Les poils : débutons pas l’élément ludico-design. La houppette-grattoir du paragraphe d’en haut accueille son vis-à-vis, une autre houppette, celle-ci s’apparentant davantage à la définition d’une véritable houppette, comme celle qui continue de par le monde à captiver les lecteurs d’une série de bandes dessinées destinées aux 7 à 77 ans. Oui monsieur Ducluzeau, votre brosse a ce je-ne-sais-quoi de Tintin.


Mais rassurez-vous, les bonzes de la Fondation Tintin devraient ne rien trouver à redire, quoiqu’avec eux, on ne sait jamais : leurs gestionnaires semblent avoir la dent longue et bien évidemment, considérant la nature capillaire du jeune héros en vedette depuis deux paragraphes, la mèche courte.


Toutefois fort loin de moi l’idée de m’improviser tintinologue. Seulement, je dirai de ces deux houppettes de la brosse Vileda qu’elles sont parfaitement à leur place. Étrange phénomène, mini-bémol, le seul élément de toute la brosse qui tend à s’user est la houppette constituée de poils bleus. Elle pourrait évoquer un Tintin éméché, à la suite d’une soirée arrosée. Un peu comme si notre reporter-héros se réveillerait un samedi matin, le regard confus, réalisant peu à peu s’être endormi tout habillé sur le canapé du Capitaine Haddock.


Fascinant d’ailleurs de constater que cette usure, légère tout de même, ne soit que l’apanage de la houppette bleue, alors que les poils blancs qui forment la grande partie de la tête (ou des cheveux) de la brosse, donc les plus sollicités, semblent fraîchement sortis de l’usine. Pourtant, sauf erreur, bleus ou blancs, les poils sont probablement nés du même moule…? Pour en avoir discuté avec des proches, notamment mon patron, mon père et sa conjointe, ceux-ci – sans même se consulter entre eux – m’ont suggéré de prendre une paire de ciseaux et de tailler ladite houppette de quelques centimètres, question de redonner à votre brosse l’allure de sa prime jeunesse. J’aurai sans doute à prendre des décisions à ce sujet.


Mais d’ici là, une question continuera à me chicoter : la portion intérieure du manche présente une entaille qui traverse de part en part, à la verticale, ledit manche. Permettez-moi de vous en quémander la raison, non sans d’abord formuler quatre hypothèses :


Théorie 1 : La fonction de cette entaille s’apparente à celle d’une gouttière. À la suite de l’utilisation de l’outil nettoyant, l’eau qui pourrait se retrouver sur le manche s’égoutte ainsi naturellement vers la tête de la brosse, puis tombe je ne sais où pour éventuellement refaire sa vie ailleurs.


Théorie 2 : Cette césure permet tout simplement d’alléger le poids total de la brosse.


Théorie 3 : En fait, la gouttière a pour fonction de favoriser la malléabilité du manche.


Théorie 4 : C’est un simple souci de design, à l’instar des parties rouges et bleu de la brosse.

À cet effet, j’ai cru comprendre que Vileda était une société française, ce qui fait d’ailleurs bien plaisir étant donné que nous partageons une langue commune. D’ailleurs, je me permets une autre question à ce sujet : est-ce un hasard si cette brosse est constituée des mêmes couleurs que celles du drapeau de la France, c’est-à-dire le bleu, le blanc et le rouge? Si c’est un hasard, sans doute admettrons-nous qu’il fait sourire, d’autant plus que positionnée à l’horizontale devant nos yeux, la tête pointée vers la gauche (le cœur), non seulement les couleurs sont elles celles du drapeau français, elles respectent l’ordre avec lesquelles elles apparaissent lorsque ce dernier flotte fier au vent. Mais peut-être suis-je dans le flou, certains me disent que Vileda appartiendrait à l’Allemande Freudenberg.


Monsieur Ducluzeau, j’arrive à l’objet principal de ma lettre.


Je l’affirme honnêtement, malgré ma crainte de voir cette réalité périr en la nommant, puisque cette réalité va à l’encontre de vos objectifs commerciaux, mais allons-y tout de même : votre brosse semble éternelle. D’un humain, on dirait qu’il est probablement immortel.


Ne croyez pas que je considère le tout comme une tare. Que non. Même bien au contraire. Et c’est pourquoi je vous dis merci. Car à l’opposé d’autres objets usuels qui peuvent un jour se retrouver au fond d’une poubelle (d’une ampoule jusqu’à certains modèles de Ferrari – et je vous fais grâce ici de basses plaisanteries au sujet d’ex-fiancées), j’entrevois déjà le jour où je léguerai la brosse que je possède à ma fille lorsque cette dernière emménagera dans son premier appartement, je l’espère bientôt.


Bien qu’à 15 ans elle n’ait jamais eu l’occasion de l’utiliser une seule fois, probablement ne l’a-t-elle d’ailleurs jamais remarquée – ce n’est pas à défaut d’essayer ni parce que je tiens à être l’unique utilisateur dudit objet croyez-moi –, je pense qu’elle saura un jour apprécier les bienfaits de votre brosse. Et ce, même si contrairement à moi, ma fille n’aura alors aucune autre brosse pouvant lui servir de levier de comparaison, sauf peut-être sa brosse à cheveux, quoiqu’il s’agisse ici de cousines trop éloignées pour envisager quelconque niveau de comparaison recevable.


Voici ma crainte, l’objet de ma lettre. Monsieur Ducluzeau, vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe une expression anglophone voulant que « Why should we fix what it ain’t broke? » ou, si vous préférez, « Pourquoi devrions-nous réparer ce qui n’est pas brisé? ». Les tendances marketing veulent cependant que les entreprises proposent toujours de nouveaux produits, produits qui se veulent sans cesse améliorés, toujours mieux. Question de stimuler sans cesse le consommateur, de le vivifier à grands coups de couleurs, de formes et de nouvelles possibilités.

Mais dans le cas qui me préoccupe, le seul élément que vous devriez changer à mon avis est : RIEN.


Sauf peut-être l’espace intérieur de l’anneau posté dans la partie supérieure du manche de la brosse. Cet espace est trop petit pour s’accrocher adroitement à la majorité des crochets de plastiques, vous savez ces crochets autocollants qui servent autant à suspendre des porte-clés que des brosses à vaisselle? Oui, j’entends déjà vos ingénieurs rétorquer à l’unisson que l’élargissement de l’espace viendrait corrompre l’ergonomie, donc la manipulation de la brosse – actuellement exemplaire, du moins pour ma main droite, que j’ai plutôt petite et qui doit donc s’apparenter aux mains droites des ménagères moyennes.


Je serais d’ailleurs curieux de savoir si la charpente de vos brosses est universelle ou bien si vos produits sont adaptés aux physiques médians des ménagères, selon le continent ou le pays qu’elles habitent? Ce serait formidable car il arrive que ma brosse peine à pénétrer à l’intérieur de l’embouchure de mes verres à vin blanc, qui soit dit en passant sont de dimension très standard. Je compte ainsi à mon actif quelques verres éclatés après avoir tenté trop vigoureusement d’y insérer la tête de la brosse. Rassurez-vous, même ces désagréments n’altèrent en rien ma perception fort favorable à l’égard de votre produit, dussé-je risquer de me couper en recueillant manuellement les fragments de verre brisé au fond du bac à vaisselle.


Mais si par un heureux hasard vous fabriquez des brosses plus petites, adaptées au pays (je prends au hasard l’exemple du Portugal, j’habite un quartier portugais et je remarque qu’ils sont en moyenne légèrement plus courts sur patte que les descendants de Larochelle et de Bretagne. Donc me dis-je, peut-être vendez-vous des brosses plus petites à Lisbonne qu’à Montréal? Le cas échéant, je vous serais éternellement reconnaissant de me le laisser savoir, je pourrais alors trouver un moyen d’en commander une douzaine, ce qui me permettrait de cesser de craindre de briser mes verres à vin.


En conclusion, voici la question pour laquelle j’aimerais obtenir réponse : à votre avis, devrais-je dès aujourd’hui faire provision de ces brosses (version montréalaise ou portugaise peu m’importe) pour les décennies à venir ou pouvez-vous me rassurer en me confirmant aujourd’hui l’intention de votre société de maintenir ses standards de perfection, notamment en préservant tel quel la brosse qui fait ici l’objet de la présente et sans doute le bonheur de plusieurs milliers d’utilisatrices et d’utilisateurs?


Je vous remercie sincèrement d’avoir pris le temps de considérer cette modeste demande, vous priant d’accepter, Monsieur Ducluzeau, mes plus admiratives salutations, à vous et à votre équipe, souhaitant que 2009 vous soit favorable.


Sincèrement,


Jean-François Dumoutier

Montréal

JeanFrancoisDumoutier@gmail.com


* * *

Au sujet de Vileda

Wikipedia : rien!


YouTube : http://fr.youtube.com/watch?v=TBHEap003K4

Google : www.vileda.ca

Site : www.vileda.com


Autre

Philippe Starck : www.philippe-starck.com

Ferrari : www.ferrari.com

Tintin : www.tintin.com

Drapeau Français :

http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais_archives/les_symboles_de_la_republique/le_drapeau_francais/le_drapeau_francais.21111.html


2001 : l’odyssée de l’esapce :

http://fr.youtube.com/watch?v=vahx4rAd0N0&feature=related

(le fémur apparaît à la 28e seconde)